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Guerre 1939-1945: des avions de chasse toujours au fond du Lac-St-Jean 

Yohann Harvey Simard - Le Lac-St-Jean, Trium Médias - Journaliste de l’Initiative de journalisme local
14 mai, 2026
Les recrues pilotaient des Hawker Hurricane. (Photo : tirée de 75 ans de défense aérienne de Bagotville)

« À la sortie de Saint-Gédéon, en route vers Alma, passé le cimetière et à environ un demi-kilomètre à gauche, nous apercevons une pancarte qui se lit comme suit : chemin de la tour. Cet endroit est un lieu important dans l’histoire de Saint-Gédéon. Pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli, je me permets de vous la raconter », peut-on lire en introduction de la chronique historique produite par l’ancien maire de Saint-Gédéon, Yvon Drolet.  

La tour était utilisée par des officiers qui évaluaient la performance au tir des jeunes pilotes tout en leur donnant des indications. (Photo : tirée de 75 ans de défense aérienne de Bagotville) 

Chemin de la tour, mais de quelle tour? Pour le savoir, il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). « En 1942, le champ de tir situé à Saint-Jérôme (aujourd’hui Métabetchouan-Lac-à-la-Croix) est relocalisé à Saint-Gédéon, où on retrouve une tour qui vient tout juste d’être érigée. Puis, nous découvrons un chemin près de cette tour qui nous conduit directement au lac Saint-Jean. »  

La vocation de ce chemin n’avait rien à voir avec la villégiature : « il servait à récupérer les cibles et les ballons qui se trouvaient sur lac Saint-Jean, soit pour les réparer ou les remplacer », relate Yvon Drolet dans son document.  

En effet, le chemin de la tour était essentiellement utilisé à des fins militaires. La tour qui s’élevait à proximité et dont il tient son nom servait plus précisément à l’entraînement des jeunes pilotes des Forces armées canadiennes qui s’exerçaient à bord de leur avion de type Hawker Hurricane. Des officiers étaient postés dans la tour et évaluaient la performance des pilotes au tir.   

Celui qui a été maire de Saint-Gédéon de 2005 à 2009 précise que la formation des pilotes se décomposait en trois volets. « La première formation concernait la pratique du tir au calibre .303 au sol (mitrailleuse embarquée sur les avions). La deuxième formation impliquait la pratique du tir de roquettes (projectile explosif autopropulsé). La troisième formation servait quant à elle au lancement de bombes inertes (qui n’explosent pas) pesant 10 livres, également sur des cibles un partout sur terre et sur les îles du lac Saint-Jean. » Le champ de tir « s’étendait donc de Saint-Jérôme à l’entrée de la rivière Petite décharge ». 

Protection d’infrastructures stratégiques 

La base militaire aérienne de Saint-Gédéon, nous dit Yvon Drolet, avait surtout été établie pour assurer la défense des infrastructures stratégiques de la région, soit les barrages hydroélectriques et les usines métallurgiques qui fournissaient des matériaux précieux pour la fabrication d’armements destinés aux troupes en Europe, mais aussi pour sécuriser tout le Québec si nécessaire. 

Des souvenirs terrifiants 

Yvon Drolet est né en juillet en 1942. Malgré son jeune âgé au moment de la guerre, les éclats aussi assourdissants qu’inquiétants qu’émettaient les armes de gros calibres ont réussi à se frayer un chemin dans sa mémoire.  

« La maison familiale était située à environ 500 pieds de la tour. Nous entendions le bruit infernal des tirs de roquettes, des lancements de bombes non explosives et des mitraillettes de calibre .303. » Yvon Drolet insiste : « il est important de dire que les tirs des avions faisaient des bruits terrifiants et infernaux pendant les périodes d’entraînement, ce qui engendrait une très grande peur chez les habitants du secteur de même que chez les animaux. Moi, je me rappelle que je pleurais. » 

Yvon Drolet mentionne la réaction des animaux puisqu’il habitait, avec sa mère et son père, sur la ferme de son grand-père paternel, Jean-Baptiste Boily. D’ailleurs, la tour militaire avait été érigée sur les terres de ce dernier. L’homme de 84 ans dit aussi se souvenir d’images de soldats venant acheter du lait et du beurre à la ferme de son grand-père.  

Vestiges 

Selon Yvon Drolet, tout porte à croire que des reliquats de ces entraînements sommeillent encore au fond du lac Saint-Jean. « Il y a précisément trois avions qui sont tombés dans le lac. Un avion est tombé au Banc de Sable à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, près de la rive, et a été récupéré par l’Armée canadienne. Le deuxième avion est tombé non loin de l’entrée de la Petite Décharge près de l’Île des Pierres à chaux et n’a jamais été récupéré. Le dernier se situe au sud de l’Île Verte et a été retrouvé, mais jamais récupéré. » 

Des ceintures de cartouches vides, des balles de .303, des carcasses de roquettes ainsi que plusieurs autres munitions demeureraient encore aujourd’hui au fond du lac Saint-Jean, selon Yvon Drolet. « Un plongeur muni d’un détecteur de métal pourrait être très surpris », dit-il. 

Quant aux débris qui jonchaient la plage et les champs agricoles, ils ont été ramassés par l’Armée canadienne ou les agriculteurs eux-mêmes. Toutefois, les quelques objets ou matières qui passaient entre les mailles du filet pouvaient aussi être débusqués par des enfants curieux comme Yvon Drolet et ses camarades.  

« Je me souviens que quand j’étais jeune, on allait à l’entour des roches et on trouvait de petits morceaux de cire de roquettes et des cartouches vides. Après ça, on faisait un petit tremplin avec des bouts de bois, on mettait la cire dans une cartouche, on y mettait le feu, et puis on frappait avec un marteau là-dessus, pis ça partait! Pouf! »  

Qu’est-il advenu de la tour? Yvon Drolet répond également à cette question dans son document. « En 1945, la guerre a pris fin, ce qui veut dire que la tour du champ de tir n’avait plus sa raison d’être. En 1947, elle a été vendue à mon grand-père Boily puisqu’elle avait été bâtie sur sa propriété. Puis, en 1948, mon grand-père a lui aussi vendu la tour, cette fois à un homme d’Alma qui voulait construire un chalet à proximité. Selon la Commission de la toponymie du Québec, c’est en 1956 que la tour a été détruite et le propriétaire a également détruit le chalet. » 

La chronique historique d’Yvon Drolet s’appuie sur ses propres souvenirs, qu’il a étayés à l’aide de l’ouvrage 75 ans de défense aérienne de Bagotville de Marc-André Valiquette et à partir de renseignements fournis par l’historien Bernard Desgagnés. 

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