
Je me suis toujours demandé pourquoi on fête l’anniversaire de la fondation de la ville d’Arvida plutôt que l’objet de sa création, la production de l’aluminium.
Parce que la première n’aurait jamais vu le jour sans l’autre.
Toujours est-il que bien qu’on ait mis la charrette avant les bœufs, le centenaire de la première coulée est officialisé avec le lancement d’une série d’activités qu’on dit accessibles et rassembleuses. En somme, Rio Tinto veut nous rappeler pourquoi nous sommes devenus la plus grande région productrice d’aluminium au monde.
Et, comme pour tout ce qui touche l’histoire régionale, c’est la société historique du Saguenay qui, après plusieurs années de discussions, d’abord sous Alcan, puis avec son nouveau propriétaire, Rio Tinto, garde jalousement la multitude de documents renfermant le spectaculaire cheminement historique de la production d’aluminium chez nous.
Investisseurs visionnaires
Je ne remonterai pas jusqu’à la découverte du procédé de fabrication du métal gris à partir de la bauxite, mais il faut savoir que la renversante découverte appartient à un géologue français, Pierre Berthier, et que le mot bauxite prend son origine de la ville de Baux, en France où on a justement extrait ce mine rouge.
Mais sautons plus loin dans l’histoire pour en venir à James Duke qui, avec William Price III, avait compris tout le potentiel que réservaient les lacs et rivières du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est ce duo qui a acquis les droits sur la rivière Saguenay et la Grande Décharge.
En 1923, on entreprenait la construction de la centrale d’Isle-Maligne, à Alma, un projet de 55 millions $. Puis, en 1924, Price décède accidentellement à Kénogami, dans l’éboulement d’un terrain d’où il pouvait observer la rivière-aux-Sables se jeter dans le Saguenay. Son partenaire, Duke, accepte de se défaire des actions au profit d’Alcoa. Son président, Arthur Vining Davis, convainc les actionnaires d’investir 70 millions $, pour construire un barrage à Chute-à-Caron et acheter le petit bourg de AB Jonction pour construire l’usine de production d’aluminium actuelle. Il acquiert aussi la voie ferrée Roberval-Saguenay, en plus du port de mer de Port-Alfred.
Histoire palpitante
Toute cette palpitante histoire de la production d’aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean se trouve dans un impressionnant ouvrage réalisé par deux historiens de la région, Cédrick Ouellet et Pierre-Olivier Lemay, qui nous montrent tout l’étendue de la démarche pour produire un métal qui fera entrer la région dans le cercle l’économie mondiale.
On y décrit tout le courage des employés qui travaillaient dans des conditions pénibles et souvent dangereuses. On explique comment on a construit une petite ville champignon de 270 maisons en 125 jours.
On y raconte l’arrivée salutaire des syndicats et l’incontournable virage vert jusqu’au procédé Élysis, sans émission de C0 2. C’est aussi l’histoire de son rôle primordial durant la Seconde Guerre, qui vaut à la région d’accueillir une base militaire. C’est une ode à ces milliers de travailleurs de 34 ethnies différentes qui ont peuplé la région pour construire plus que des usines et des barrages, plus qu’une ville: une région.
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