
L’embauche d’une ressource visant à renforcer le sentiment de sécurité au centre-ville d’Alma a causé certains points de friction entre la Société de développement commercial (SDC) d’Alma, responsable de l’embauche, et le Travail de rue d’Alma, qui émet des craintes quant aux résultats de la démarche.
Selon Guillaume Bégin, directeur général du Travail de rue d’Alma, « c’est clairement une ressource qui est là pour être au service des commerçants du centre-ville. Puis, actuellement, ce qui irrite les commerçants du centre-ville, c’est la présence des personnes en situation d’itinérance. »
Or, poursuit-il, « on voit l’intolérance monter : on a des lieux d’aisance qui sont fermés et des personnes qui sont de moins en moins en favorables à la cohabitation. Donc, si on met en place une ressource qui s’inscrit en quelque sorte dans cette tendance-là, moi, ce que je vois poindre à l’horizon, c’est le résultat de l’effritement de la tolérance au centre-ville. De ma perspective, ça ne peut qu’augmenter la violence vécue sur le terrain par les personnes les plus vulnérabilisées de notre société, qui sont, rappelons-le, les principales victimes de violence. »
Guillaume Bégin entend ici la violence symbolique parfois subie par les personnes marginalisées, c’est-à-dire une forme de violence peu visible et non physique, qui s'exprime à travers les normes sociales et qui s'observe dans les structures sociales.
Compréhension
Néanmoins, le directeur général du Travail de rue d’Alma dit comprendre « que des organisations comme la SDC souhaitent travailler pour leurs membres ». « Je comprends qu'ils veuillent agir [la SDC], car oui, il y a des épisodes de violence, et je regrette et je n’encourage pas ça. Mais quand on me dit que ce n’est pas dans une optique de tasser le monde, j’ai des doutes, pas quant à la bienveillance de l’intention, mais quant aux résultats. »
« Car, si ces personnes-là sont poussées en dehors du centre-ville, elles ne cesseront pas d’exister, elles vont simplement se déplacer un peu plus loin dans les quartiers, et à un moment donné, on va revoir la même dynamique se reproduire. Et pendant ce temps-là, on ne travaille pas sur les raisons qui font en sorte que ces personnes-là se ramassent dans cette situation-là. Donc, je le répète : j’émets des craintes par rapport aux effets de ce projet-là. Je trouve que leur solution [à la SDC] a le potentiel d’augmenter la vulnérabilité des personnes qui sont déjà les plus vulnérabilisées et les plus marginalisées de notre société. »
La nouvelle ressource embauchée
Malgré les craintes du Travail de rue d’Alma, la nouvelle ressource de la SDC a été engagée et entrera en fonction au courant des prochains jours. Comme exigé dans l’appel d’offres, la personne sélectionnée possède de l’expérience en intervention sociale. « Son C.V. correspondait vraiment à ce qu’on demandait », affirme Joanie Racine, directrice générale de la SDC d’Alma. « Il a cinq ans d’expérience dans les CISSS et les CIUSSS avec la clientèle autochtone au Nunavut. Il a une formation en pacification, ce qui veut dire qu’il est formé pour intervenir avec des personnes en situation de crise. Je crois qu’on a fait ça comme il faut. »
Cette ressource travaillera parallèlement à l’agent de sécurité qui patrouille déjà dans le secteur du stationnement à étages. Toutefois, leur mandat ne sera pas exactement le même, insiste Joanie Racine. « On veut intervenir là où le Travail de rue ne le peut pas. On essaie seulement de trouver une solution humaine à un problème humain. C’est vraiment juste pour faire une désescalade : on veut que notre ressource puisse faire quelque chose avant qu’on soit obligé d’appeler la police. »
« La municipalité est du même avis que la SDC et elle nous appuie dans notre démarche », fait également valoir la directrice générale de la SDC. Cette dernière rappelle par ailleurs qu’auparavant, deux agents de sécurité étaient affectés au centre-ville, et que depuis 2019, il n’y en a qu’un seul.
(418) 546-2525
ckaj@ckaj.org