
Lorsqu’il est question d’histoire, il est forcément question d’interprétation. Certains ont décidé de commémorer, en 2026, les 350 ans de la fondation de Chicoutimi. L’historienne, Russel-Aurore Bouchard avait mis en garde le groupe de gens bien intentionnés cherchant vraisemblablement à redonner ses lettres de noblesses à la capitale régionale. Sauf que la fondation de Chicoutimi date plutôt de 1671 et non 1676.
Qu’à cela ne tienne, on pouvait se rabattre sur l’année de la construction du poste de traite qui longeait la rivière Chicoutimi. La même année que la fondation de la mission Jésuite, en 1976. Mais ça il fallait le passer sous silence parce que rappeler lacontribution de cette congrégation religieuse en 2026 n’est plus acceptable depuis l’imposition de la loi sur la laïcité. Comme l’explique l’historienne: « Les adeptes du wokisme se sont donnés comme mission de détruire les traces et les saints lieux de mémoire de l’occident judéo-chrétien ». Alors silence radio, place à la déconstruction de notre culture.
Fondation de la région
Quand on y regarde de plus près, l’édification de la première chapelle en même temps que celle d’un poste de traite en terre autochtone représente l’ouverture officielle de toute une région, celle du Saguenay et du Lac-Saint-Jean. Avant l’implantation de ce lieu de culte, comme le confirme Mme Bouchard, « Chicoutimi n’était qu’un lieu de passage inhabité et que la présence amérindienne était plutôt assurée par quelques familles de migrants abénaquis installés depuis peu sur les rives du lac Kenogami… »
En somme, le commerce des fourrures relevait d’abord des Amérindiens d’un peu partout autour du Lac-Saint-Jean qui passaient par de vétustes constructions coloniales à Chicoutimi en 1671 pour se rendre jusqu’à Tadoussac.
Odeurs de chauvinisme
Malheureusement, malgré la panoplie d’activités proposée par les Fêtes du 350e, en même temps que l’imbroglio des dates de fondation, il se dégage comme une odeur de chauvinisme. Contrairement aux fêtes du 175e anniversaire de la région, le 350e se concentre sur l’histoire du développement du commerce des fourrures à Chicoutimi. C’est comme si on voulait faire un pied de nez à l’histoire régionale pour centraliser l’attention sur Chicoutimi. On ne sent pas, à travers toutes ses activités subventionnées par la ville de Saguenay, que les six autres municipalités fusionnées sont véritablement concernées. Bref, on a trouvé une justification pour redonner la fierté aux Chicoutimiens déçus de la fusion de 2002 en mettant en valeur le rôle de Chicoutimi dans la fondation de l’histoire régionale.
Les cent ans d’Arvida
Comme si on voulait ajouter à la confusion, les festivités du 350e se tiennent en même temps que celles du 100e anniversaire de la construction de la ville industrielle d’Arvida et le 100e de la première coulée d’aluminium de l’usine Alcan, aujourd’hui Rio Tinto. Ces fêtes sentent l’improvisation sur fond de chauvinisme. Elles font oublier que Saguenay tarde à évoluer, à trouver des projets rassembleurs. Du pain et des jeux, c’est bien connu en politique, une recette pour cacher l’apathie.
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