
Des centaines de vestiges, dont des ossements, des outils de pierre et des fragments de poterie, témoignent d’occupations autochtones remontant à près de 3000 ans dans le secteur du lac Askeen, au cœur du parc national de la Pointe-Taillon.
Un inventaire réalisé avant des travaux de stabilisation des berges du lac Saint-Jean, en 2024, a permis de confirmer la présence d’un important site archéologique au parc national de la Pointe-Taillon. Le site, dénommé, DeFa-7 a été documenté dans le secteur du lac Askeen, avant des travaux réalisés par Rio Tinto pour limiter l’érosion et protéger les milieux humides. L’intervention a notamment permis d’installer des îlots de pierres déversées.
Selon le bilan des activités de 2024 préparé par les archéologues Jany-Claude Bouchard et Érik Langevin, 428 vestiges ont été récupérés: 375 fragments osseux blanchis, 35 pièces de pierre associées à la fabrication ou à l’utilisation d’outils, cinq outils ou fragments d’outils et 13 tessons de poterie. Ces découvertes témoignent d’occupations autochtones s’échelonnant d’environ 3000 ans avant aujourd’hui jusqu’aux derniers siècles précédant l’arrivée des Européens. Pekuakamiulnuatsh Takuhikan évalue maintenant la possibilité de poursuivre les fouilles avec les partenaires concernés.
Pour Érik Langevin, archéologue, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et titulaire de la chaire Teshipitakan, l’intérêt du site tient surtout à son intégrité. «C’est un beau site, comme on en trouve rarement à cause de l’érosion», résume-t-il. Une partie des objets semble avoir été retrouvée là où elle avait été abandonnée. Cette situation est rare dans une région où l’érosion, les routes, les barrages, l’urbanisation et la villégiature ont souvent perturbé les sites archéologiques connus. «Quand on trouve un site qui est en place, c’est une occasion de faire avancer nos connaissances. Celui-là en est un», ajoute-t-il.
Les données demeurent toutefois préliminaires. Les archéologues sont intervenus dans une portion de berge fragilisée, où des arbres étaient tombés et où le retrait des racines était nécessaire avant l’enrochement. La superficie du site encore intacte reste inconnue.
Des occupations anciennes
Les analyses associent les vestiges à au moins deux grandes périodes de la paléohistoire, soit au Sylvicole inférieur, entre 2400 et 3000 ans avant aujourd’hui, et au Sylvicole moyen, entre 1000 et 2400 ans avant aujourd’hui. Ces périodes demeurent relativement peu documentées au Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec. Selon Érik Langevin, cette rareté peut s’expliquer par des modes d’occupation du territoire différents, par une population moins importante ou simplement par le fait que les sites de cette époque n’ont pas encore été repérés.
Parmi les objets recueillis se trouvent trois fragments de pointes de projectile, un grattoir et un burin, tous fabriqués en quartzite. Une pointe rappelle le style Meadowood, associé à une occupation située entre 2000 et 2400 ans avant aujourd’hui. Le quartzite domine l’assemblage retrouvé sur le site et provient surtout de sources régionales. Certaines matières premières témoignent néanmoins de liens avec des territoires plus éloignés, dont le chert de la vallée du Saint-Laurent et du quartzite provenant possiblement de régions nordiques.
Une poterie à étudier
Les 13 tessons de poterie offrent également des pistes de recherche. Cinq présentent des décors réalisés au peigne, dont certains associés au motif Pseudo Scallop Shell. Du quartzite a aussi été observé dans la pâte de cinq tessons. Cette donnée pourrait soutenir l’hypothèse d’une fabrication locale de certaines pièces. Jusqu’ici, la poterie retrouvée au Lac-Saint-Jean était surtout considérée comme le résultat d’échanges avec des Premières Nations du Sud.
Pour l’archéologue, le site illustre l’importance des réseaux d’échanges entre les populations du Pekuakami avec celles au nord et au sud. Pour faire avancer les connaissances, il aimerait poursuivre les recherches. «C’est le genre de site qu’on aimerait finir de fouiller», affirme Érik Langevin. Une telle démarche exigerait toutefois une entente entre Rio Tinto, la Sépaq, Pekuakamiulnuatsh Takuhikan et les autres partenaires, de même que des ressources financières.
Protéger et mettre en valeur
Pour François Guillot, directeur du parc national de la Pointe-Taillon, cette découverte renforce la mission de conservation du territoire. «Notre mission est de protéger et de mettre en valeur le patrimoine naturel, humain, archéologique et historique. Cette découverte donne de la valeur au parc et vient justifier encore davantage la nécessité de protéger ce territoire», affirme-t-il.
La Sépaq souhaite travailler avec Pekuakamiulnuatsh Takuhikan afin d’évaluer les moyens de protéger et de mettre en valeur ce patrimoine. Une exposition d’artéfacts ou du contenu d’interprétation pourraient éventuellement être intégrés à la programmation éducative du parc.
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