
Avec des tarifs douaniers de 45 %, les prix du bois au plancher et de gros inventaires qui stagnent dans les cours à bois des scieries, la récolte forestière tourne au ralenti.
«Pendant une année normale, on récolte pendant 46 semaines, mais cette année, si je réussis à en faire 32, ça va être beau», remarque Robin Saint-Pierre, propriétaire de Forestiers SGB. Malgré la baisse d’activité d’affaires, l’entreprise doit payer les termes sur les machines, les réparations, et les assurances, qui font partie des frais fixes à assumer.
«Je ne suis pas sûr que l’entreprise passe à travers ces temps difficiles. (...) On a fait un plan d’action pour redresser la situation, mais il est peut-être déjà trop tard.»— Robin Saint-Pierre, propriétaire de Forestiers SGB
La diversification fait partie de la solution pour Robin Saint-Pierre, qui est aussi à la tête d’une autre entreprise en voirie forestière, Roxfor. Même si les affaires vont mieux pour ce secteur d’affaires, la baisse d’activité l’a forcé à mettre à pied une douzaine d’employés en décembre dernier.
«Les prix sont à terre et on est à la croisée des chemins, dit-il. S’il n’y a pas de changement, ça peut être dangereux, mais on demeure optimiste.»
L’homme connaît bien la réalité de l’industrie, car la coop compte huit équipes de récolte en plus d’être propriétaire des scieries Lac-Saint-Jean et Lignarex. «On a des enjeux de liquidité parce que l’argent est pris dans les billots, dit-il. On est très prudent ces temps-ci parce qu’on a beaucoup d’inventaires dans les scieries.»
Guillaume Bouchard, le directeur des opérations forestières chez Domtar, confirme que les inventaires de bois ronds sont relativement élevés dans les usines de la multinationale, ce qui a un impact sur toute la chaîne logistique. «La diminution de la demande a un impact sur tous les acteurs de l’industrie», dit-il. Ainsi, l’arrêt printanier se fera plus tôt cette année, à compter de la moitié ou de la fin février pour la majorité des entrepreneurs. «C’est dur pour tout le monde et on essaie de trouver un équilibre, en prenant soin de nos entrepreneurs pour qu’ils soient encore là quand le marché va reprendre», soutient Guillaume Bouchard.
Sébastien Dufour, le président du Groupe Val, un entrepreneur forestier général qui compte huit équipes de récolte, espère des jours meilleurs, car son entreprise a perdu des contrats de plus de 150 000 mètres cubes cette année, sur les 600 000 mètres cubes récoltés lors d’une année normale. «C’est une saison extrêmement difficile, mais on a réussi à trouver des solutions pour se revirer de bord en plaçant des équipes ailleurs, notamment à La Tuque», note le forestier qui estime s’en tirer plutôt bien dans les circonstances. «On va perdre des joueurs si la situation ne s’améliore pas», dit-il. Un de ses sous-traitants a fait faillite au cours des derniers mois et d’autres équipes connaissent des difficultés financières.
Dans Lanaudière, Benoit Lasalle, propriétaire de Forestiers R.B.E, est à l’arrêt depuis la mi-novembre, à cause de la fermeture temporaire de la Scierie Saint-Michel. «On a perdu 20 semaines de travail cette année», déplore l’homme qui compte 14 machines et trois équipes de récolte de bois long.
En affaires depuis plusieurs années, il a les reins assez solides pour passer à travers la tempête, mais l’homme, qui est aussi président de l’Association des entrepreneurs forestiers du Québec, craint pour ses comparses. «Certains ne s’en remettront pas, mais il faudra attendre au printemps pour voir les répercussions», dit-il.
Pour limiter les dégâts, l’entrepreneur mise sur la diversification, en développant la récolte en forêt privée et en misant sur d’autres champs d’activité.
Selon ce dernier, le régime forestier devra être modernisé rapidement. «Les entrepreneurs forestiers devront être reconnus davantage », note le forestier, espérant que des mécanismes seront mis en place pour que l’aide de l’État se rende directement dans les poches des entrepreneurs.
Tous les acteurs espèrent une reprise du marché de la construction aux États-Unis pour relancer l’industrie. Une baisse des taux d’intérêt à long terme pourrait notamment stimuler le marché.
À défaut d’avoir un impact sur le marché américain, les gouvernements québécois et canadien devraient voter une loi pour obliger d’inclure un certain pourcentage de bois dans les nouvelles constructions, estime Robin Saint-Pierre. «On doit prioriser notre économie en premier en misant sur une ressource renouvelable», dit-il, espérant des jours meilleurs.
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