
Je serais curieux de connaître l’effet des deux semaines de grève du milieu communautaire qui prennent fin ce week-end. Le gouvernement de la CAQ, en pleine course à la chefferie, s’est-il véritablement penché sur la question?
Beaucoup de discours de diversion dont deux débats peu inspirants, des aspirants chefs, un troisième lien et un mini-plan pour l’exploitation de la forêt, on n’a pas osé se tremper les pieds dans le gigantesque océan du régime de la santé. Aucune réponse claire aux appels de détresse des travailleurs du milieu communautaire, en majorité des femmes, qui coûtent pas mal moins cher à l’état que ses médecins et ses bureaucrates, mais qui n’en sont pas moins tout aussi indispensable sur le terrain.
Les travailleurs au bout du rouleau
On a qualifié de grève le rassemblement des communautaires, mais la plupart des travailleurs du milieu social, ne sont pas syndiqués et ne relèvent pas directement de l’État. Pourtant, leur travail de première ligne est reconnu essentiel dans le réseau public. Sous-payé, le personnel du communautaire ne bénéficie pas des mêmes conditions de travail que celui du réseau Québec Santé. Pourtant leur charge de travail ne cesse de s’accroître au rythme de l’aggravation rapide du tissu social.
S’il fallait que les regroupements communautaires lancent la serviette, Santé Québec ne serait pas en mesure de remplacer cette perte de ressources pour les services de proximité sans grever le budget d’un gouvernement qui tarde déjà à assurer le maintien de ses actifs en santé.
Faux espoir
Québec consacre un peu plus de 2 milliards $ aux travailleurs communautaires qui ne font pas partie officiellement du réseau public de la santé. Le dernier budget leur octroyait une augmentation de 20 millions $, soit 1% pour l’ensemble des groupes communautaires de la province. Avec 6 000 $ pour chacun des 110 organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, comment prévoir une augmentation de salaire à ces travailleurs déjà en déficit par rapport au personnel médical du réseau public.
Les ressources communautaires souhaitaient que la nouvelle mouture de Santé Québec fasse une place à la qualité des services sociaux, à tout le moins, qu’on reconnaisse l’importance de ses travailleurs. Mais il n’en est rien et si on s’en remet au récent sondage auprès de l’Ordre professionnel des travailleurs sociaux du Québec, 58% des travailleurs sociaux estiment que l’accessibilité des services qu’ils offrent s’est détériorée depuis la mise en place de cette éléphantesque structure d’État, en 2024. 70% des travailleurs du milieu communautaire croient que la situation ira en se dégradant.
Manque d’effectif
Comme le rappelait Marie-Christine Desforges, du groupe communautaire du Roc, il n’y a pas que le sous-financement qui est en cause. Elle constate une diminution inquiétante du nombre de travailleurs alors que les besoins ne cessent de grandir. Les travailleurs communautaires en ont assez d’être perçus comme acquis et ignorés par l’État. Parce que, pendant que ces travailleurs de terrain affrontent de plein fouet la destruction du filet social, les élus gouvernementaux regardent ailleurs.
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