
Notre sport national se cherchait depuis longtemps une cause pour reprendre une visibilité perdue au profit des autres grands sports professionnels. C’est du côté de la culture qu’il l’a trouvée.
Le phénoménal succès de la série « Heated Rivalry » (Rivalité passionnée) diffusée par Crave depuis novembre dernier fait le tour du monde. La LNH a enregistré une augmentation de 40% de ses ventes de billets depuis la diffusion de la série.
À voir et écouter les critiques de cette série sur toutes les plateformes existantes (dont celle du chroniqueur Jacques Dubé du 92,5 qui la voit comme découverte de l’année), j’ai passé aux actes. Habitué à l’homophobie du milieu sportif, j’ai eu du mal à passer à travers les premiers épisodes où deux Apollons se retrouvent plus souvent au lit que sur la glace…mais j’ai persévéré.
La LNH discrète
Tout comme pour le livre « La fosse aux lions » où le journaliste Rick Westhead met à jour les agressions sexuelles de joueurs de hockey professionnel, la LNH a commencé par ignorer « Heated Rivalry », cette histoire où deux vedettes d’équipes rivales de la ligue professionnelle de hockey partagent un amour secret. Mais l’engouement international suscité par la diffusion de cette série de fiction créée par le cinéaste québécois Jacob Tierny a même convaincu le commissaire de la Ligue nationale de hockey, Garry Betman, de se prononcer. Il a avoué avoir visionné toute la série canadienne en une soirée.
Venant d’un patron d’une ligue professionnelle la plus conservatrice de toutes les organisations sportives, c’est saisissant. Même durant l’épisode du Black Live Matter, en 2020, la LNH avait refusé de se montrer solidaire avec le monde du football et celui du basketball pour dénoncer le racisme.
Coming out de Prokop
La Ligue nationale de hockey a bien essayé de se montrer ouverte à la diversité vers 2017 en lançant une campagne de promotion pour démontrer que le hockey est pour tout le monde. Mais elle donnait plus dans le marketing que dans la réalité. En 2021, quand Luke Prokop (une recrue de la LNH) est sortie du placard en affichant son homosexualité, des joueurs vedettes de la ligue ont protesté. La LNH a reculé, interdisant aux joueurs de manifester leur soutien à des causes sociales.
Voici donc qu’avec « Rivalité passionnée », la ligue la plus conservatrice du monde se voit dans l’obligation de revoir son approche vis-vis la diversité.
Houle le visionnaire
Cette série canadienne, adaptée des romans gais de l’autrice Rachel Reid, me rappelait que chez nous aussi un auteur, Jean Houle, un peu moins connu mais tout aussi avant-gardiste, avait écrit sur ce sujet avec son roman « La bonne gang ». Un livre qui aurait aussi pu faire l’objet d’une série à propos de l’ouverture des fans du hockey sur la diversité.
« Rivalité Passionnée » focalise sur notre façon d’aborder les questions de diversité et surtout rappelle, en cette conjoncture géopolitique, que les Canadiens exposent au monde leur ouverture d’esprit. Un pied de nez à nos voisins du Sud qui ne manqueront pas, comme le commissaire Bettman, d’aller visionner comment l’amour se traduit pour les personnes soi-disant différentes.
(418) 546-2525
ckaj@ckaj.org