
Comment les conseillers de la ville de Saguenay, ceux qui étaient là il y a tout juste un an, ont-ils pu accepter un tel projet? Accorder 4,5 millions $ en incitatifs à un promoteur pour la construction d’un immeuble de 79 logements, qui ne bénéficieront d’aucun espace de stationnement.
Vu ainsi, c’est inacceptable. Il faut chercher plus loin pour comprendre.
D’abord, il faut savoir que Habitations Coderr est un OSBL et qu’à ce titre il peut recevoir l’aide d’organismes publics. Dans tous ses projets, Coderr accorde une place très importante au concept de protection environnementale. Secundo, ces logements à coût abordable abriteront, entre autres, une quarantaine de jeunes adultes sortant de la DPJ et d’autres personnes ayant besoin d’un accompagnement psychosocial. Beaucoup d’entre eux n’ont pas d’autos, mais la station d’autobus se trouve à un jet de pierres.
Logements sociaux
Un projet privé n’aurait jamais pu voir le jour sans garantir de l’espace de stationnements pour ses locataires. On comprend que celui proposé par Saguenay est l’œuvre d’un groupe sociocommunautaire, reconnu avec une expertise dans ces projets de logements sociaux abordables. Encore aurait-il fallu l’expliquer clairement parce que le ‘’timing’’ n’y était pas.
La mairesse sortante, Julie Dufour, annonce dans le dernier droit de la campagne électorale municipale, une aide financière d’au-delà de 4 millions $ pour la construction d’un autre immeuble tout juste après qu’elle eut refusé de contribuer au projet de construction de la coopérative de la Solidarité. Il fallait trouver un terrain disponible pour densifier le centre-ville, le seul disponible se trouvait sur une surface à peine suffisante pour l’immeuble, sans stationnements. Seul le projet des habitations Coderr cadrait parfaitement.
Réglementation modifiée
Mais il faut aussi considérer un autre facteur qui fait que Saguenay, comme beaucoup d’autres villes au Québec, connaît une explosion de création de logements sur tout le territoire.
Devant la pression populaire en 2024, le gouvernement du Québec adoptait le projet de loi 31 qui modifiait plusieurs dispositions législatives en matière d’habitation. Au départ, on voulait mettre fin à des tractations qui permettaient à des locataires de réaliser des cessions de bail. Cette loi donnait aussi aux municipalités de supers pouvoirs en matière d’habitation. Désormais, les villes peuvent contrevenir à leurs propres règlements d’urbanisme sans demander l’avis des résidents du voisinage.
Sans appel d’offres
L’annonce de la construction de 79 nouveaux logements par le conseil municipal en 2025 a soulevé aussi des question d’équité. Notamment de la part du CA de la Fondation Monseigneur Léonce-Bouchard. Lui aussi aurait bien aimé pouvoir participer à un appel d’offres à cette occasion. Mais le projet de cette fondation comprenait des stationnements. Or, la nouvelle loi permet à la ville de décider du promoteur sans appel d’offres et d’accorder les dérogations qui s’imposent concernant, entre autres, l’absence de stationnements.
N’empêche que la présentation de la nouvelle improvisée en 2025, en pleine période électorale, sentait le favoritisme politique sans grand résultat d’ailleurs.
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