
À chaque fois que j’évoque le nom de Marinvest, j’ai l’impression de tourner le fer dans la plaie. Alors que pour GNL à Saguenay, on parlait de 14 milliards $ (dont 7 milliards $ resteraient à la ville de Saguenay), à Baie-Comeau, pour trois usines flottantes et un corridor de 1 000 km, on parle de 30 milliards $.
Malgré que Marinvest Energy se développe en toute discrétion, il a été présenté au premier Sommet canadien de l’investissement devant les représentants des fonds de pension mondiaux les plus riches du monde. Récemment, Marinvest a confié la réalisation de ce projet à une entité dirigée par les Premières Nations. Désormais, il sera connu sous le nom à consonance autochtone Keno Aski GNL Inc.
Gazoduc de 1 000 KM
Ce qui constituerait le plus gros projet de l’histoire industrielle du Québec comprend un corridor énergétique de 1 000 kilomètres, une sorte de gazoduc intégrant des infrastructures existantes, dont quelques nouveaux segments, pour alimenter les trois usines de GNL de Baie-Comeau. Afin de franchir ce millier de kilomètres à travers la forêt boréale, ce projet doit offrir des garanties quant à l’aspect environnemental. En confiant ainsi les deux tiers de ses intérêts à une société autochtone, on place les Premières Nations au cœur de la gouvernance, du financement, de la conception, de la construction et de l’exploitation du projet. En prenant le contrôle de ce projet, Keno Aski offre une image favorable auprès des différentes communautés autochtones en laissant toute la place dans les négociations aux différentes nations où les territoires pourraient être touchés.
Croissance de production
La production de GNL s’inscrit dans le plan du premier ministre canadien, Mark Carney, visant la croissance des exportations pour rassurer une plus grande indépendance vis-à-vis le voisin américain. Pour Carney, le continent européen mise sur le Canada pour l’alimenter en gaz naturel pour s’affranchir de la Russie et de la Chine, grands fournisseurs de matières plus polluantes.
Le projet de Marinvest se classe désormais dans les 10 projets identifiés par le gouvernement pour bénéficier du plan de développement accéléré devant activer l’exportation des minéraux critiques et des autres énergies fossiles.
Le premier ministre canadien croit fermement que le contexte géopolitique actuel favorise le développement du GNL. Il l’a répété à l’occasion de sa dernière visite à la réunion de l’Union européenne.
Occasion perdue
On vient de célébrer les 20 ans de la construction du quai des bateaux de croisières à Saguenay, qui a permis à des dizaines de milliers de visiteurs étrangers de découvrir notre région. Les répercussions vont bien au-delà des prévisions, ne serait-ce que pour les lumières qu’elles jettent sur la région à travers le monde. On aurait pu y ajouter cette année l’installation d’une usine de liquéfaction de gaz naturel, dans un parc industrialo-portuaire rempli de bâtiments où se dresseraient bon nombre de drapeaux des quatre coins de l’Europe. Mais, ce n’était qu’un rêve qu’on laisse à d’autres le soin de réaliser.
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